samedi

Chronique de destinées


Je suis ennuyée.
Je suis allée, une fois de plus, au Musée. Une exposition particulière.
« Fata Morgana ». 
Bon, les maisons d’éditions connaissent. Moi, pas.
Quand j’ai reçu le carton d’invitation, ce qui m’a interpelée était simple :
« Fata Morgana »
« Un goût du Livre »

…et moi, j’aime les livres.

Curieuse, je suis donc allée à ce vernissage.
J’ai écouté avec attention le discours de bienvenue de la Directrice du Musée, Conservateur en chef du Patrimoine, qui, tout en parlant de cette maison d’éditions si particulière –un auteur, un artiste-  a beaucoup évoqué Morgane.
Fata Morgana : la fée Morgane. Mais bien sûr ! suis-je bête.
Cependant, là, alors que j’écris ces lignes, je pense aussi au « fatum ». Le sort, le destin, la fatalité… et aussi, la Destinée. 
L’écriture et le dessin qui se rejoignent.
Mais ceci est une autre histoire.

Dans les salles, des livres ouverts… des dessins…
Plein. Etonnant.
Oui, je suis ennuyée. Je ne sais comment écrire une chronique pour décrire avec soin ou précision ce doux mélange entre le livre, les mots et la peinture. Cela semble pourtant évident. Après tout, nous avons tous eu en main des illustrés. Et pourtant.
Les livres ouverts, avec la peinture, le dessin à côté, en écho, se donnaient ainsi, sans pudeur, aux visiteurs.
Une résonnance surprenante.

Une fois de plus, je retournerai au musée. 
Prendre le temps de lire ces pages, ces mots.
Prendre le temps d’observer ces tableaux, ces épures.
Prendre le temps.

Je n’ai pas pris de photo. Trop de monde, trop de bruit, trop de tout.
Je vous offre quand même ces quelques vers notés trop rapidement…

Ne pleurez pas
Ce monde est un éclat de rire
que vous n’entendez pas
Ce ciel cette terre sont à l’image
de vagues très lentes trop lentes pour
que soit perçu leur bougé infime
Nous sommes l’un des moments de ce rire
à son début à sa fin qu’importe
nous ne saurons jamais à qui ce rire
appartient
ni quoi l’a provoqué
Ne pleurez pas
le rieur le permettrait-il

mardi

Chronique de souvenir que je n'ai pas

Aujourd'hui, c'est la commémoration des 70 ans d'Auschwitz.
Et finalement, de tous les autres camps de concentration.

Je ne peux m'empêcher de penser à ces gens. Tous.
Pas seulement les juifs. Les polonais, les tziganes, les communistes, les homosexuels. Tous.
Entassés, triés, tués, parce-que considérés, non, justement, pas considérés. Ils faisaient simplement partie du néant, de l'inexistant.
Entassés dans des wagons à bestiaux. Combien met-on de moutons dans un wagon ?
Numérotés sur le poignet. Je suppose que ce devait être pour les repérer en cas d'évasion, comme on marque les chiens dans l'oreille.

Je vois ces images, à la télévision, et une angoisse m'étreint. La gorge me serre.
Je repense à ce camp que ma mère nous avait fait visiter, alors que nous étions adolescents, mon frère et moi. Le Struthof.
Je me souviens de ces corps, de ces lunettes, de ces chaussures, de ces cheveux, de ces alliances entassées... et de ces dents en or, bien gardées, pour un recyclage programmé.
Je me souviens de ces squelettes, vaguement entourés de peau, que l'on ne pouvait plus appeler des hommes.
Je me souviens de ces pièces fermées, avec juste une petite chose au plafond... et dont j'avais peine à imaginer la fonction.
Je me souviens de ma mère qui n'avait pas pu entrer dans ces pièces de souvenirs. Elle n'était pourtant pas juive. Elle avait juste eu une copine que les SS étaient venus chercher à l'école... elle avait 14 ans. Elle avait eu un flirt, mort sous les coups de bottes des allemands, simplement parce-qu'il ne pouvait plus marcher.

Inhumanité si extrême qu'elle était inconcevable. Qu'elle est inconcevable. Même maintenant.

Il faut se souvenir de l'inconcevable. 





mercredi

Silences et cris

La vie va reprendre son cours. C'est normal. C'est humain.
Toute blessure se referme, en laissant une cicatrice. Parfois on doit changer le pansement : il suinte.
17 personnes massacrées. Rien à voir avec le 11 Septembre. Et pourtant, le monde entier s'est mobilisé.
Étonnant. Oui, j'ai été étonnée.
Nous en avons déjà eu, des attentats. Qui ont touché beaucoup, beaucoup plus de personnes.
Mais là...
Oui, nous allons recommencer à rire.
Mais cela ne sera plus jamais pareil.


Curieusement, après avoir marché ensemble, la France se retrouve divisée. 
Non pas en deux, mais en plusieurs morceaux.
On dirait un feu d'artifice : une fusée qui monte, bien haut, groupée et hop, elle explose de tous les côtés, et en plusieurs fois.

1. ceux qui étaient là de façon sincère.
   - ceux qui croient qu'il y a malgré tout un avenir, pour peu qu'on s'en donne la peine. Il ne peut en être autrement.
              - "on" c'est les autres (celui qui marche à côté)
              - "on" c'est quelqu'un va s'en occuper (le gouvernement)
   - ceux qui croient que, non, l'humanité n'est pas toute mauvaise
              - il ne faut pas faire d'amalgame, il y a des "bons et des méchants". Il n'est pas question de race, d'ailleurs, il y a eu 3 policiers tués. Etonnamment "black, blanc, beur".
   - ceux qui croient que ce rassemblement, ces rassemblements, vont être utiles dans la prise de conscience
              - la prise de conscience, le choc. Un petit mélange des 2 points précédents, mais qui se rend compte malgré tout que ça peut aller très loin.
   - ceux qui pensent qu'il y a eu un réel problème d'atteinte à la liberté d'expression

2. ceux qui étaient là, parce qu'il "fallait" l'être
   - ceux qui ont regardé les vitrines (ce sont les soldes)
              ("j'ai vu une jolie robe, tiens, ils ont commencé une 2ème démarque chez...")
   - ceux qui ont regardé qui participait -ou pas-
              ("je ne t'ai pas vu(e) à la marche hier"... -ce qui est aussi une façon de dire que "eux" y étaient-). 
   - ceux qui attendent de voir comment le vent va tourner pour émettre une opinion
              (je ne comprends pas trop ce qu'il se passe, mais on verra bien)
   - les soixante-huitards sur le retour (enfin il y a de l'action !)
   - ceux qui en ont marre, et que là, c'est un prétexte parmi tant d'autres, parce-que tout seuls, ils se sentent faibles.

3. ceux qui n'étaient pas là (ceux là, sont à la base de la fusée).
   - les sincères
              - ceux qui pensent "c'est bien fait, ils n'ont eu que ce qu'ils méritent"
              - ceux qui connaissent toutes les études, qui ont tout vu et tout lu
              - ceux dont les opinions politiques étaient déjà arrêtées
   - les fatigués
              - "pas envie de sortir, s'il n'avait pas fait si froid... mais ils ont raison..."
   - les je m'en-foutistes
              - ce n'est pas mon problème, avec un grand haussement d'épaules
              - il fait beau, et c'est un épiphénomène.

Les "1" et "2" vont partir en fumée, les "3" vont rester. Bien stables.
Ce sont les "3" qui vont faire en sorte que tout va partir dans tous les sens, parce-que ce sont eux qui vont faire griller la 2ème allumette.






Hommage

Non, je ne suis pas Charlie. 
Je n'en ai pas la carrure. Et encore moins le talent.

J'éprouve une peine profonde pour… je ne sais plus. Tant de désarroi.
Nos dessinateurs, nos journalistes, nos policiers… morts pour quoi ? Pour avoir exprimé à leur façon leur vision de notre société. Morts pour avoir défendu notre liberté.

Ce soir, nous étions nombreux sur la Place de la Mairie. Une bougie à la main.
Le drapeau était en berne. A côté, l'affiche : "Je suis Charlie".

Je suis triste. 
Triste pour notre liberté qui est piétinée.
Triste pour notre liberté qui a été tuée ce matin.









samedi

Chronique d'une tempête


En ce lendemain de tempête, les feuilles mortes se ramassent à la pelle.

Hier, il n’y avait que les inconscients, les (vrais) photographes, et ceux qui ne POUVAIENT faire autrement, qui ont mis le nez dehors.
Tempête.
Déjà, dans la nuit, le tonnerre avait sérieusement grondé. Vraiment. Vraiment beaucoup. Du fin fond de ma chambre, pourtant très éloignée de la rue, et malgré le double vitrage, j’avais entendu quelques petites choses voler… pots de fleurs, panneaux d’interdiction de stationner (il y en a un temporaire devant mon immeuble), enfin, des broutilles, quoi.
Mais au chaud, sous ma couette… « demain serait un autre jour ».
Sauf que.
Sauf que quand je me suis levée et ai ouvert les volets, j’ai compris que la journée allait probablement être difficile.
Le vent ne s’est pas calmé. Loin s’en faut. Lui qui, normalement, est supposé faire son boulot –à savoir pousser les nuages- n’a rien fait. La pluie était là. Et bien là. Pas une bruine ou un crachin, ennuyeux certes, mais qu’un parapluie arrive à gérer. Non, la vraie, la grosse pluie, insistante et lourde. Pas de répit. Ou si peu que pas.

Les leçons de physique apprises l’année dernière m’ont poussée à rester chez moi. Si j’ai eu à un moment l’idée saugrenue de sortir voir « la » chose, les informations, les vidéos et autres photos de mes amis facebookiens m’en ont dissuadée.
Je peux être courageuse, mais ne suis pas téméraire.
L’eau a donc commencé à monter, monter, monter… et, pardon pour tous ceux qui ont eu leurs maisons inondées, mais j’arrive à le concevoir. Par contre, j’ai du mal à comprendre que le niveau de la mer monte à un tel point que les quais puissent se transformer en piscines à débordement. C’est la mer !
C’est beau une piscine à débordement, sauf que quand un chalutier –et/ou un thonier- (fond plat) se mettent davantage à flirter avec la rue qu’avec leur élément naturel, ça me dérange quelque peu.
Je ne suis donc pas sortie, me contentant de regarder photos et vidéos, les yeux écarquillés.
J’ai pensé à nos sauveteurs en mer qui à tous les coups ont dû sortir : il y a toujours quelqu’un qui se croit plus malin que les autres.
J’ai pensé à nos marins, ceux qui n’ont pas eu le temps de rentrer au port, malgré les prévisions météo, et qui se sont retrouvés dans la tourmente.
Cher payé le poisson.
Je suis restée au chaud, douillettement enveloppée dans ma couverture… mais ce matin, je n’ai pu m’empêcher de descendre sur les quais.
Les feuilles se ramassent à la pelle.
Le niveau de l’eau a baissé. Pas beaucoup. Mais il a baissé.
Le vent souffle. Il ne fait toujours pas son boulot. Les nuages sont restés. Quoique, quand je dis « nuages », c’est un euphémisme. Le ciel est un immense nuage. Gris. Désespérément gris et sombre.

Je suis allée au Môle. Les vagues se brisent contre la jetée, et partent en feux d’artifice. Contrairement à hier, elle n’arrivent pas à passer par dessus le brise-lames.
Les gabians (ndlr : grosses mouettes) restent imperturbables.
Il commence à pleuvoir.
La mer commence à lécher le quai.
Un chalutier part, emportant ses pêcheurs.
Le vent s’est levé, mais il leur faut tenter de vivre*.


*Je demande pardon à Paul Valéry pour avoir malmené sa poésie. 








mercredi

Chronique picturale -Epilogue-


J’avais promis une chronique sur les visiteurs. Il est temps.
Alors, s’il existe les « brèves de comptoir », je ferai les « brèves de musée » et pardon pour la succession des anecdotes.

Un monsieur entre dans la salle de l’exposition. 1ère salle.
- Où est la sortie ?
- …
- J’en ai vu assez !
Et de traverser le musée au pas de course.

Une guide –je le précise, pas celle du musée (très important) - encadrant un groupe de touristes :
- Vous voyez, ici, il y a de l’espace qui est vide, sans être vide, mais qui n’est pas vide.

- C’est vous qui êtes là pour la visite ?
- Non monsieur
- Ben vous servez à quoi, alors ?
- Je suis là pour surveiller les tableaux, monsieur
- Ben, vont pas partir, les tableaux ! vous servez à rien, alors !

Après un renseignement donné à un visiteur :
- Merci Mr Valéry.
- Mais je ne m’appelle pas Valéry
- Ben, c’est marqué sur votre polo…
(nous avons des polos avec le logo « Musée Paul Valéry »)

Dans le même esprit, nous avons eu un « merci Paul ».

Il faut savoir que les photos sont interdites pour l’exposition temporaire, les œuvres n’appartenant pas au Musée. Question de droits d’auteur, question de… peu importe, c’est interdit.
Donc, dans la série « excusez-moi, monsieur/madame, mais les photos sont interdites au 1er étage », nous avons :

- Je me prends en photo

- Je sais, mais en bas c’est marqué avec un appareil photo, mais pas avec un portable.

- Je ne prends pas de photo, je filme

- Je prends mes enfants, ce n’est pas marqué qu’on ne peut pas photographier ses enfants !

- A cause de vous, je n’ai pas pu prendre le tableau en entier !

- Je prends en photo mes enfants, c’est pour l’ambiance…

- Je ne prends pas en photo, c’est pour « agrandir ».

- C’est égoïste. C’est inadmissible !

- Mais puisque c’est la Journée du Patrimoine, les photos sont gratuites, non ?

- Il y a un arrêté préfectoral autorisant les photos.

Quelques petites choses aussi, concernant les enfants. Laissés en électrons libres… le musée étant au choix, la cour de l’école, un terrain de jeu (avec possibilité de jouer au ballon), ou un centre aéré.

- Mais alors, ici, chaque parent doit surveiller son enfant ?

- Mais j’ai payé !
- Madame, votre enfant hurle depuis 5 bonnes minutes. Relayez-vous, avec votre mari.
- C’est inadmissible ! J’AI PAYÉ !

et ce parent à qui on demandait de tenir son enfant (moins de 3 ans)
- Je n’ai pas pris ma laisse !
Là, j’avoue avoir trouvé la parade, en leur disant qu’ils avaient leurs épaules.

Bien entendu, nous suivons aussi les groupes des visites guidées. Outre le fait que des personnes puissent s’approcher des œuvres et ainsi les toucher, involontairement, nous évitons les « incrustes » car tout de même à 1€ la visite, qui dure une heure, c’est une ruine.
Chacun de nous avait sa technique. Pour ma part, en fonction du moment de l’incruste, je variais mon discours.
Au début de la visite, je demandais "s’ils voulaient en faire partie…"
Au milieu du circuit, c’était "vous verrez mieux quand le groupe sera parti"
Et à la fin, "qu’il y avait une vidéo, très bien faite, qui leur donnerait une idée de l’exposition".
Sachant que 70 œuvres étaient exposées, il y avait de quoi faire.

- Mais c’est la visite qui me suit.

- J’ai mal au genou, ça m’aide à comprendre.

- Mais si je ne parlais pas français, je ne comprendrais rien !

Et dans le même esprit…
Hochement de tête (je ne comprends pas ce que vous me dites).
Nous disons donc la même phrase en anglais.
Hochement de tête (je ne comprends pas ce que vous me dites)… « japonais ».
Et notre gardienne de dire une phrase en japonais… et le visiteur de répondre en français.


Nous avions donc un film. Une vidéo, comme je l’ai dit, fort bien faite –ce qui est étonnant- (même les enfants étaient intéressés –c’est tout de même une preuve !-) sous-titrée en anglais.

Un monsieur parlait très fort. Gênant.
- Pourriez-vous parler moins fort, s’il vous plaît ?
- Pourquoi ? puisqu’il y a des sous-titres.
- Certes, mais les sous-titres sont en anglais.
- Mais il y a des sous-titres !

Et puis en vrac…

Un monsieur qui avait enlevé ses chaussures (ce qui est courant, si si) et à qui nous demandions de les remettre.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est une question de correction, c’est normal.
- Mais qu’est ce que la « normalité » ? hein ? qu'est-ce que la normalité ?

- Ce sont des originaux ? (curieusement, cette question nous a été posée à de nombreuses reprises)

- Ils valent combien, les tableaux ? plus de 1000€ ?

- Elle est où, la Joconde ?

Une femme affolée..
- Vous avez vu Patrice ?
(j’avoue que je suis restée perplexe sur cette question, et encore plus de la tête de cette femme devant mon air ahuri)

Une femme bouleversée…
- Mais c’est moi, ce tableau !!!
(…heu…comment vous dire… le matin au réveil, peut-être ? et encore… -je n’ose mettre la photo du dit tableau-)

Ce monsieur ayant décidé de descendre au rez-de-chaussée du musée en glissant sur la rampe d’escalier…

- Madame, ne touchez pas aux tableaux, s’il vous plaît !
- Ah ben non ! mais je ne les touche pas tous, vous savez !

Enfin, nous avons eu quelques petites choses supplémentaires, dues à ce 1er dimanche du mois (le musée est gratuit –sauf l’exposition temporaire-, les magnifiques journées Paul Valéry (3 jours) cadrant avec la journée du Patrimoine. Notre record : 1500 personnes en ce beau dimanche ensoleillé.
Bien évidemment, outre notre fonction de surveillance, nous avons aussi celle de bureau de renseignement.
- L’exposition Miró, c’est par là, Madame, au 1er étage.
- Non, mais je veux faire pipi !
- Et bien, c’est pareil, c’est la même direction.
- Je veux faire pipi… et peut-être même caca !

Eh oui, le genre humain est très… « varié ». Je pense qu’il vaut mieux le voir ainsi.

J’ai quitté le musée, et suis partie en même temps que Miró. Etrangement, ça m’a fait bizarre de quitter ces toiles qui ne m’appartiennent pas. C’est comme ça.
Je resterai malgré tout avec la pensée de ces enfants dessinant par terre, refaisant les tableaux de Miró, avec plus ou moins de bonheur (mais après tout, j’en ai fait autant !) et leur imagination débordante.
J’ai aimé entendre ces titres :
« Le jongleur des étoiles »
« Le A qui danse »
ou « La danseuse dans les nuages ».

Ces chroniques sont dédiées à Juan et Juanita, deux oisillons nés le jour du vernissage.

samedi

Chronique picturale - 2 -

Deux mois de cohabitation avec Miro sont maintenant passés.
Je traverse ces 9 salles et continue de découvrir plein de choses. Sauf que je n'ai plus besoin d'un enfant pour le faire.

Beaucoup de visiteurs (une chronique leur sera dédiée… si, si… ils en valent la peine), et des moments de calme, qui me permettent de regarder de plus près ces oeuvres auxquelles je n'aurais accordé qu'un oeil relativement distrait en temps "normal".
J'ai un petit carnet (j'aime bien les "petits carnets"), sur lequel je note les anecdotes et autres facéties, mais sur lequel je me suis mise à dessiner les tableaux… que j'ai sous les yeux.
La découverte est étonnante. Je sais que je m'étonne d'un rien, mais tout de même.

Je me suis dit qu'il fallait que je trouve le point de départ de "sa" peinture.
Une idée comme une autre. Ça occupe.
Sauf que. Une fois que le « point de départ » est trouvé, tout le reste devient évident.
Il devient évident qu'un trait -ou un point- devait être "là" et pas ailleurs, pour l'équilibre du tableau.
Il devient évident que ce "machin" est une femme et non une mouche bizarre.
Il devient évident que « là », il doit y avoir une couleur… mais laquelle ? et, oui,… c'est l'art du peintre de savoir que c'est ce bleu, ou ce rouge, et pas un autre, qui mettra en valeur le jaune ou le vert qui est à côté et inversement.
Je regarde donc d’un peu plus près les tableaux, et c’est surprenant.
Ainsi, deux aquarelles encadrant un passage entre deux salles. Enfin, j’ai cru qu’il s’agissait de deux aquarelles. Il n’y en avait qu’une. Mais l’autre avait un fond si semblable à la première que je me suis trompée. C’était une huile, pas de la gouache. Et on peut toujours chercher de l’eau, il n’y en a pas une goutte. Mais les teintes sont pourtant identiques.
Et ainsi de suite.

En essayant de comprendre l’évolution de la peinture de Miro, en bonne néophyte que je suis, l’exposition n’étant pas faite de façon chronologique –ou très peu-, j’essaie de retrouver quel tableau a été peint avant l’autre.
Jusqu’à présent, je me débrouille plutôt bien, et j’avoue en tirer une satisfaction proche d’une fierté qui n’a pas lieu d’être.
Il y a des évidences et parfois des incohérences (ce terme n’engageant que moi !) qui me laissent perplexe…  alors, je les note sur mon petit carnet, et continue de chercher (ma guide préférée est actuellement en vacances, mais elle se fera un plaisir de répondre à mes questions, ou, de guerre lasse… finira par me prêter un livre spécialisé !).

Miro n’est toujours pas ma tasse de thé, mais l’étudier est fascinant. Laisser aller son imaginaire, se laisser porter… et comme m’a répondu cette petite fille de 8 ans :
- mais alors, madame…l’imagination, c’est sans fin !