samedi

Chronique d'une main vert d'eau

Mes enfants, ce jour est un grand jour !
Votre mère a "nettoyé" une plante verte...

La dite plante verte m'avait été donnée dans de curieuses conditions : cet hiver, je croise une femme dans la rue -jusque là, c'est normal-, portant une plante TRES fleurie.
D'humeur joyeuse, je lui dis gaiement : "en voilà une bien jolie plante !"
- "ah oui ? vous la voulez ? je vous la donne !". 
Devant mon air perplexe ou ahuri, elle ajoute : "j'allais la jeter, c'est une femme que je n'aime pas qui me l'a offerte... je ne supporte pas qu'on me fasse des sourires par devant et qu'on raconte des trucs derrière mon dos. Alors, je la jette". 
Ça, c'est fait.
Et la plante, de changer de bras.
Sa résistance aux fortes intempéries montrait déjà qu’elle avait une furieuse envie de vivre.
J’arrive donc à la maison avec un pot, bien emballé et totalement détrempé. … du genre… comment dire… disons que si ça avait été un robinet, j’aurais appelé un plombier depuis longtemps.
J’enlève papier mauve et rubans, et l’installe sur une assiette. Fière de mon résultat, elle arrive sur ma table de salon. C’est agréable d’avoir une boule de petites fleurs roses devant soi.
Bien entendu, l’assiette s’est retrouvée pleine d’eau en l’espace de peu de temps. Ma table aussi. Puis mon tapis.
Il est bon parfois d'offrir des vacances "longue durée" à ceux qui en ont un réel besoin. Destination : évier.
Après un temps… indéterminé, ayant estimé que son exil était suffisant, elle a réintégré sa place au salon.
Belle.
N’y connaissant rien, au bout d’une semaine supplémentaire de régime sec, je l’ai arrosée (ça s’arrose, une plante, non ?).
Mauvaise pioche. Elle n’a pas aimé. Mon tapis non plus.
J’ai boudé et l'ai carrément ignorée.

Les fleurs ont séché, mais, curieusement, pas les feuilles. Pas grave. De toute façon, j’avais décidé qu’elle finirait à la poubelle. Je ne suis pas douée avec les plantes, c’est comme ça depuis toujours. Celle-ci avait résisté deux mois, ce qui était déjà un tour de force.
Si je n’ai aucun don pour la survie des plantes, par contre, je suis championne dans la procrastination …et elle est restée sur ma table encore deux semaines avec ses fleurs séchées. Pitoyable.
Il y a trois jours, paressant sur mon canapé, je la regarde en pensant –une fois de plus- qu’il "faudrait bien que je m’en occupe (un jour)"…  et là, surprise : un petit bourgeon rose pâle émerge du marronnasse environnant.
Le lendemain, encore un.
Je crois bien que d’ici quelques jours, les vingt (ou trente ?) bourgeons seront épanouis.
Aujourd’hui, j’ai décidé de leur faire de la place.
La poubelle attendra.

dimanche

Vive le vent, vive le vent d'hiver....

J'aime bien Noël.
J'aime bien le Jour de l'An.
Quatre, parce-qu'il y en a bien quatre, oui, quatre jours magnifiques, pleins de joie, d'esprit de fête et de chaleur humaine.

Noël.
Il y a d'abord la veillée... ce fameux soir où on attend avec impatience la venue de Jésus.
Ah oui ? Qui c'est, Jésus ? 
Ce petit d'homme venu dont ne sait où, né dans une étable, pauvre miséreux.
Il paraît qu'il apportait la joie.
De l'étable, il ne reste pas grand-chose. Je ne peux même pas dire un sapin, puisqu'il n'y avait pas de sapin du côté de Bethlehem. Pas grave. On y met parfois une étoile, tout en haut, c'est déjà ça.
De la crèche, il ne reste pas grand-chose non plus. Pour quoi faire ? Un couple qui regarde béatement un bébé qui n'est finalement pas vraiment le leur. Un boeuf et un âne, qui ont du leur faire de la place.
Pas le choix. Le boeuf, bête de travail. Un âne, bête tout court. Ah oui, c'est vrai que celui-là, c'est lui qui avait porté, aidé ces andouilles à traverser le pays.
Étonnamment, après avoir caillassé ce couple (on rejette toujours ceux qui ne nous ressemblent pas), les imbéciles sont venus leur apporter des "cadeaux", une fois le gamin sorti du ventre de cette femme enceinte jusqu'aux yeux. 
Les cadeaux. C'est ce qu'il reste de Noël.
Ça, c'est important.

Le jour de l'An, c'est différent.
On fête d'abord la fin de l'année. Ça y est, elle est terminée. Si elle a été bonne, merci. Si elle a été mauvaise, ouf !
Mais c'est la joie.
Et puis, le 1er de l'An.
Jour où tout le monde cuve le vin et le Champagne bus, se dit qu'ils ont trop mangé, et qu'il faudra faire attention l'année prochaine.

J'aime bien Noël.

Chronique de mariage forcé

Il a plu. A torrents. Des litres et des litres d'eau.
Un texto général...
- Je suis effarée par les infos... donnez-moi des nouvelles.... ?
- Maman n'est pas chez elle.
Maman. 87 ans. Mariée de force avec un certain Aloysius, qui devient de plus en plus envahissant. 

- Maman a disparu. J'ai regardé partout. Rien. Son lit est fait. On ne sait pas quand elle est partie.

Il y a quelques jours, maman m'avait déclaré qu'elle venait d'emménager dans ce nouvel appartement qu'elle habite depuis plus de 30 ans.
Elle avait pensé que je devais avoir des dons de voyance, puisque je le lui avais décrit... mais que c'était sûrement dû au fait qu'elle habitait désormais au 5ème et dernier étage de son immeuble, qui en compte 9.
Mais elle est contente, il ressemble à celui qu'elle habitait avant. C'est déjà ça.

- La cave ? tu as pensé à la cave ? peut-être s'est-elle crue pendant les bombardements ? elle aura voulu se mettre à l'abri ?
- Non, elle n'a pas les clefs. On ratisse tout le quartier.

Ratisser. Le terme est choisi. Il est tombé des trombes d'eau. 16 morts, 4 disparus.
Je regarde les informations, les images tournent en boucle, de l'eau, de l'eau partout. De la boue, des branches, des voitures en travers.
"On ratisse tout le quartier".
2 heures après, nous avons appris qu'elle était à l'hôpital depuis 8h du matin.
Trouvée à plus de 3 kms de chez elle, en pantalon, chemise et pantoufles, les pompiers l'avaient emmenée à l'hosto.

Elle n'avait oublié ni ses lunettes, ni ses clefs. 
Des lunettes qu'elle ne met pas, parce-qu'elle estime qu'elle y voit.
Et les clefs d'une maison dont elle ne connaît plus l'adresse.




Chronique de la Saint-Pierre

"La Saint-Pierre".
C'est comme "La Saint-Louis", elle est incontournable...
Je me souviens, quand je suis arrivée à Sète, je n'avais dans mes "tablettes" que la Saint-Louis. 
Grossière erreur.

La Saint-Pierre.
Fête des Pêcheurs.
L'année dernière, une voisine m'avait téléphoné.. "ça t'intéresse une place sur un bateau ?" wow ! j'avais sauté sur l'occasion, bien sûr que ça m'intéresse !
Cette année, je ne voulais pas louper ça. Surtout pas.

J'ai demandé. Une place. Juste une place... mais... non. 
Alors, je me suis dit qu'après la cérémonie, j'irai à la Criée, et que là, je ferai mon plus beau sourire et qu'avec un peu de chance, on m'embarquerait sans "invitation".
A 23h, deux places me sont tombées du ciel. Vive les amis des amis de Facebook.
Tant pis pour la messe, tant pis pour la cérémonie, tant pis pour la procession... être en mer, pour la Saint Pierre, ça vaut bien plus que ça.
Mon bateau, un chalutier, est à quai, comme tous les autres. Au bout du bout du bout de la Criée. 
Il n'y a pas grand'monde à bord. Je regrette d'avoir reposé mon tee-shirt rayé bleu marine, par égard pour les marins. Il n'y a que des tee-shirts marins. Je fais presque tache.
"Mais ici, nous sommes une famille !"
J'attends une amie (la 2ème place), et elle ne vient pas. 
Je sympathise avec le Capitaine (était-ce le Capitaine ?), mon impatience l'amuse "ouh, on a le temps, heing, on n'a même pas encore entendu la fanfare...".
Je lui demande s'il y a un ordre de sortie pour les bateaux... (dans mon souvenir, c'était une belle "cohue", et le terme est faible). "Ben non, pourquoi faire ?"
Je suis sûre qu'il galèje.
Au bout d'un moment, fatigué de faire le planton à l'entrée, il me tend le paquet d'invitations et me demande de surveiller ceux qui veulent entrer. Du coup, j'en ai une bonne centaine dans les mains. Un comble.
J'attends, toujours pas d'amie. Toujours pas de fanfare. L'heure tourne.

Mon "capitaine" (je vais l'appeler comme ça, tant pis, je lui donne du galon) est tranquille. Il vaque. Rigole avec des amis. Regarde les porte-bonheurs mis dans une cache. Va piquer un peu de glace aux bières et autres Orangina, pour se rafraîchir la nuque... et voilà le défilé, la Procession.
Au son des tambours, trompettes, grosse caisse, flûtes, lentement, arrivent les "Saint-Pierre". 
Il y a deux statues, l'une plus grande que l'autre. Toutes deux posées sur des stèles, portées par des pêcheurs ou des jouteurs ou les deux. 
La grande a des glaïeuls rouges a ses pieds. L'autre, des glaïeuls bleus. Elles sont simples, mais magnifiées par ces fleurs.
Comme nous sommes au bout du bout du bout de la Criée, nous attendons. 
J'imagine les "Saint-Pierre" que l'on installe avec précaution dans le chalutier qui les emportera au large. 
Et voilà la fanfare ! Je comprends pourquoi il y avait de la place ! Les musiciens montent avec nous !

Saint-Pierre, entouré de ses glaïeuls rouges et bleus, part. Les élus et les prêtres qui ont célébré l'Office ne sont que des accessoires autour de lui. 
D'autres bateaux lui emboîtent le pas, puis nous... avec plus de difficulté... une tentative de demi-tour... non... alors, marche arrière... (j'ignore si c'est mon "capitaine" qui a fait la manoeuvre mais il manie mieux son chalutier que moi ma voiture, c'est clair !) et nous sortons du port, vite. Encadrés par la Sécurité Nationale. Il vaut mieux. Il y a plus, beaucoup plus que cinquante bateaux. 
Je regarde autour de moi, et il y en a partout. Des jet-skis (non, je sais, ce ne sont pas des bateaux), des "Zodiac", des bateaux à moteurs (petits et moins petits), des voiliers (toutes tailles confondues), des barcasses, nous, et de modestes pointus...  

Mon voisin m'explique l'histoire du Môle, le brise-lames... la mer, qui est dite de "Hong-Kong" parce qu'elle a une forte "houle" (il faut dire qu'avec le nombre que nous sommes, une pétole deviendrait chinoise !). 
La fanfare joue "When the Saints go marching in" et puis je ne sais plus quoi...
Je regarde l'océan, le Cimetière Marin, tous ces bateaux... un mélange de joie et de respect.
Nous nous arrêtons, près du "bateau de Saint-Pierre". 

Notre Maire a rendu hommage à nos marins, nos pêcheurs... que parfois la mer emporte. 
L'Evêque a prononcé quelques mots et a entamé un "Notre-Père... qui êtes aux cieux...". Une gerbe est lancée à la mer, des milliers de fleurs, roses et glaïeuls multicolores, l'ont accompagnée... tandis que la "Sonnerie aux Morts" retentissait.

J'écris ces lignes et l'émotion ressentie me submerge encore.
Je revois ces fleurs flotter à la surface le temps de cette "Sonnerie aux Morts". 
Un recueillement. Juste pour tous ces pêcheurs et autres marins partis... Juste pour eux.
La Marseillaise a repris le dessus et tous les bateaux ont actionné leurs cornes de brume.
Mes yeux ont pleuré. Comme maintenant.
C'est bête, hein ?
Tant pis.





mardi

Chronique réalité

Je ne vais pas faire une rubrique nécrologique. La naissance. La mort. C’est ainsi.
Dix sourires ont disparu, car ils souriaient forcément.

On a parlé de Charlie, de ces dessinateurs, policiers, et innocents, morts massacrés par des fous imbéciles.

Muffat, Arthaud et Vastine.
Morts pour une émission de télé-réalité.
C’était un accident, certes. Mais pour avoir accepté d'aller plus loin dans le stupide et le voyeurisme racoleur dont le peuple raffole, eux aussi, sont morts à cause de fous imbéciles. Nous.

« Dropped ».
To drop : laisser tomber.
Sinistre ironie de la réalité.

samedi

Chronique de destinées


Je suis ennuyée.
Je suis allée, une fois de plus, au Musée. Une exposition particulière.
« Fata Morgana ». 
Bon, les maisons d’éditions connaissent. Moi, pas.
Quand j’ai reçu le carton d’invitation, ce qui m’a interpelée était simple :
« Fata Morgana »
« Un goût du Livre »

…et moi, j’aime les livres.

Curieuse, je suis donc allée à ce vernissage.
J’ai écouté avec attention le discours de bienvenue de la Directrice du Musée, Conservateur en chef du Patrimoine, qui, tout en parlant de cette maison d’éditions si particulière –un auteur, un artiste-  a beaucoup évoqué Morgane.
Fata Morgana : la fée Morgane. Mais bien sûr ! suis-je bête.
Cependant, là, alors que j’écris ces lignes, je pense aussi au « fatum ». Le sort, le destin, la fatalité… et aussi, la Destinée. 
L’écriture et le dessin qui se rejoignent.
Mais ceci est une autre histoire.

Dans les salles, des livres ouverts… des dessins…
Plein. Etonnant.
Oui, je suis ennuyée. Je ne sais comment écrire une chronique pour décrire avec soin ou précision ce doux mélange entre le livre, les mots et la peinture. Cela semble pourtant évident. Après tout, nous avons tous eu en main des illustrés. Et pourtant.
Les livres ouverts, avec la peinture, le dessin à côté, en écho, se donnaient ainsi, sans pudeur, aux visiteurs.
Une résonnance surprenante.

Une fois de plus, je retournerai au musée. 
Prendre le temps de lire ces pages, ces mots.
Prendre le temps d’observer ces tableaux, ces épures.
Prendre le temps.

Je n’ai pas pris de photo. Trop de monde, trop de bruit, trop de tout.
Je vous offre quand même ces quelques vers notés trop rapidement…

Ne pleurez pas
Ce monde est un éclat de rire
que vous n’entendez pas
Ce ciel cette terre sont à l’image
de vagues très lentes trop lentes pour
que soit perçu leur bougé infime
Nous sommes l’un des moments de ce rire
à son début à sa fin qu’importe
nous ne saurons jamais à qui ce rire
appartient
ni quoi l’a provoqué
Ne pleurez pas
le rieur le permettrait-il

mardi

Chronique de souvenir que je n'ai pas

Aujourd'hui, c'est la commémoration des 70 ans d'Auschwitz.
Et finalement, de tous les autres camps de concentration.

Je ne peux m'empêcher de penser à ces gens. Tous.
Pas seulement les juifs. Les polonais, les tziganes, les communistes, les homosexuels. Tous.
Entassés, triés, tués, parce-que considérés, non, justement, pas considérés. Ils faisaient simplement partie du néant, de l'inexistant.
Entassés dans des wagons à bestiaux. Combien met-on de moutons dans un wagon ?
Numérotés sur le poignet. Je suppose que ce devait être pour les repérer en cas d'évasion, comme on marque les chiens dans l'oreille.

Je vois ces images, à la télévision, et une angoisse m'étreint. La gorge me serre.
Je repense à ce camp que ma mère nous avait fait visiter, alors que nous étions adolescents, mon frère et moi. Le Struthof.
Je me souviens de ces corps, de ces lunettes, de ces chaussures, de ces cheveux, de ces alliances entassées... et de ces dents en or, bien gardées, pour un recyclage programmé.
Je me souviens de ces squelettes, vaguement entourés de peau, que l'on ne pouvait plus appeler des hommes.
Je me souviens de ces pièces fermées, avec juste une petite chose au plafond... et dont j'avais peine à imaginer la fonction.
Je me souviens de ma mère qui n'avait pas pu entrer dans ces pièces de souvenirs. Elle n'était pourtant pas juive. Elle avait juste eu une copine que les SS étaient venus chercher à l'école... elle avait 14 ans. Elle avait eu un flirt, mort sous les coups de bottes des allemands, simplement parce-qu'il ne pouvait plus marcher.

Inhumanité si extrême qu'elle était inconcevable. Qu'elle est inconcevable. Même maintenant.

Il faut se souvenir de l'inconcevable.