mercredi

Chronique orientale


El Jadida.
Je n’y suis jamais allée. Il paraît que c’est une très belle ville au Maroc. Ce que je veux bien croire, au vu des images de « Harem », ce film magnifique avec Nastassja Kinski et Ben Kingsley.
La semaine dernière, sur la place, au son d'une nira et de tambourins marocains, deux arabes dansaient en souriant.  
Plus loin, il y avait des tentes. Les fonds, les sols, étaient tendus de tapis d’Orient multicolores : des artisans marocains y présentaient leurs produits.
Ce n’était pas un marché, non. Simplement, ils montraient au public leurs œuvres : des tapis faits à la main, des milliers de fils dont chaque nœud est si fin que l’on a peine à imaginer celui ou celle qui a pu faire ça, des vases avec des entrelacs d’argent, des théières ciselées, des cuirs…

Non, ce n’était pas un marché. Il n’y avait rien à acheter. Mais tout à regarder.

Sète est jumelée avec El Jadida.





Chronique d'un 1er Mai


Le muguet.

Petites clochettes blanches se cachant timidement sous leurs feuilles.

Tous les ans, on s’inquiète de savoir si elles seront au rendez-vous.
Avec ces changements climatiques, sait-on jamais. Le temps a parfois la tête qui lui tourne.
Et elles sont là.
Tout le monde respire, comme si leur présence était indispensable à la fête.
Un peu comme si nous imaginions que les rennes du Père Noël se mettaient en grève.
Ne parlons même pas de la petite souris.
Mais les petites clochettes blanches sont là.
On va, on veut croire qu’elles vont apporter avec elles ce bonheur attendu.
Un an.
Entre deux brins.
Petites clochettes blanches. Petits moments de bonheurs.
Nous les aurons.

Il faudra juste savoir soulever les feuilles pour les trouver.



dimanche

Chronique d'un Championnat


« Hè non, celle-là, tu vois, la brageole, elle est trop dure ! »

La « brageole ».
La brageole est cette saucisse qui est l’une des composantes principales de la macaronade. Avec les macaroni. Avec le reste. Tout est important.
Ah oui, la macaronade, est aussi une spécialité de Sète. Hier, se déroulait le Championnat du Monde de macaronade.
Très important. Le jury est composé de 8 personnages emblématiques dont Monsieur le Maire et son épouse,  bien sûr, et... Boule.
Boule, c’est lui qui a le petit bistrot-restaurant juste en bas de la mairie, et ses macaronades sont… bref.
« Il y a autant de recettes de macaronade que d’habitants à Sète ».
Mais seulement 10 d’entre eux se sont lancés dans cette aventure qu’est le Championnat.

Le restaurant qui a prêté ses cuisines est sur la plage. C’est la 1ère paillotte.
« La Barque Bleue ».
C’est normal qu’on s’y sente bien. Il est ouvert sur le sable et la mer lui tend les bras.
Et il est aussi dédié aux Joutes. C’est normal aussi. On est à Sète.
Sète, c’est… la macaronade, la tielle, la piste de moules, ou les moules farcies, et… les Joutes.
Les tables sont installées. Grandes. Beaucoup (je n’ose dire tous) sont venus en famille. Les supporters. On y voit ceux-là, parents, enfants, qui se sont tous dessinés une moustache… « c’est pour supporter tonton Moustache ! ». Ou d’autres avec une perruque bleue ou argent sur la tête. C’est pour faire la fête !
Moi, je suis là, toute seule, en souriant. La joie et le bonheur m’ont toujours fait sourire. De façon inattendue j’y ai rencontré Alain entouré de sa famille et de ses amis. Alain, c’est mon voisin.
Très gentiment, ils me convient à leur table. Je deviens donc, forcément, une supporter d’Alain. Il n’a pas vraiment de chance, parce qu’il va passer en dernier. Il a le n°10. Il le sait. On le sait. Tous.

Dans une ambiance joyeuse, le jury goûte les plats, et se délecte.
Nous aussi.
Nous dégustons notre macaronade dans la joie des chansons de Jean-Louis Zardoni.
Lui aussi, il fait partie de Sète. Il est savoureux. Incontournable. Inoubliable.
J’ai appris la différence entre la baraquette et le cabanon… et qu’à Montpellier, ils étaient heu… enfin… un peu… bref. C’est pas Sète, quoi !
Et puis, j’oubliais Boule, qui lui, nous a montré que le « Et maintenant » de Bécaud, pouvait être une chanson gaie.
Tout ça nous a réchauffé le cœur, et le corps, même si certaines avaient les genoux qui applaudissaient.

Non, il n’y a pas de beuel, à Sète. Nous sommes vrais. Et c’est bon.












lundi

Chronique inattendue


« Tournez à droite ! »
(ça change du "faites demi-tour dès que possible" !)
Elle, c’est une vraie copine !
En vadrouille du côté d’Uzès, dans un village improbable (mais sûrement connu des vrais touristes), mes deux copines et moi, nous nous sommes promenées.
L’une est de longue date.
L’autre plus récente. C’est elle qui nous donnait les ordres… nous faisant prendre des chemins vicinaux étonnants. Nous sommes d’ailleurs à peu près sûres qu’ils ne sont même pas indiqués sur une carte IGN.
En attendant, grâce à cette copine facétieuse, nous avons sillonné les alentours d’Uzès de façon assez... approfondie.
Nous sommes allées au Pont Saint Nicolas. Surprenant. Certes, un pont reste un pont. Celui-ci enjambe le Gardon. Une superbe demeure, une seule, imposante, domine le tout.
Le Gardon. Il revient partout. Quand je l’ai traversé pour aller à Arpaillargues, c’était quasi une toute petite rivière. J’avais failli m’arrêter pour prendre une photo. Le nom m’avait fait sourire. L’eau y frissonnait.

Uzès.
Nous avons appris que le « Quartier neuf » était ce que nous pensions être la vieille ville.
Restaurée ? sûrement. Belle, sans aucun doute.

Après une promenade au milieu des champs de colza, nous sommes arrivées à Anduze.
J’ignore si Anduze a un autre intérêt que sa « bambouseraie ». Incroyable.
Comment imaginer que quelqu’un ait pu avoir eu l’idée de faire pousser des bambous, de toutes variétés, dans cet endroit. Non seulement des bambous, mais aussi des séquoias. Puis que le tout ait été entretenu, développé, enrichi avec un jardin japonais où les érables grenat, les camélias, les gardénias, les bonsaïs, les cerisiers se mêlent harmonieusement. La palette des couleurs Caran d’Ache  était là. Tous les verts, tous les roses. Des plus clairs aux plus foncés.  Eclatants.
Le jardin japonais a été créé l’année du Dragon.
Dragon. C’est l’anagramme de Gardon.
Petite rivière qui s’étale doucement pour finir en fleuve.

Et maintenant que j'y pense, nous n'avons même pas visité Arpaillargues, petit village improbable et magnifique.















mardi

Chronique d'hiver


Je me souviens avec tendresse de ces bogues de marrons, camouflées sous des herbes folles.
Je me souviens, c’était la fin de l’automne.
La neige est passée par là et les a recouvertes de froid.

Puis une jonquille a pointé le bout de son nez, résistant aux vents et à la pluie.
Les vents et la pluie se sont calmés, laissant la place à un arc-en-ciel.
Aux pieds des arcs-en-ciel, on dit qu’il y a des trésors.
Si difficiles à trouver, si loin.

Assise sur mon rocher, là, au pied de mon phare, face à l'Etang de Thau,
Je regarde mon arc-en-ciel avec cette même tendresse.

L’été arrive.



dimanche

Chronique de Printemps


Il y a une longue route, toute droite, entre Sète et Marseillan.
Il y a d’un côté la voie ferrée, et de l’autre la Méditerranée.
Elle n’est pas spécialement belle. Je dirai même plus, presque moche.
Pour des raisons écologiques, des roseaux ont été plantés de part et d’autre.
Côté mer, pour éviter que le sable ne parte et que cela ne fiche en l’air notre fameuse biodiversité et côté voie ferrée… pour cacher les trains.

Il y a un peu plus de 10 jours, je les avais déjà vues, là, sur le côté.
Hier, je me suis dit que je ne les reverrai sans doute pas.
Elles sont si petites, si fragiles, et le vent, ici, souffle parfois si fort.
J’ai commencé à rouler, me remémorant cette joie mêlée de douceur que j’avais éprouvée en les voyant… et soudain, elles étaient là.
Des jonquilles.
Parmi les détritus, les bouteilles en plastique, et autres canettes de n’importe quoi jetées par… peu importe…  elles étaient là. Petites têtes jaunes se balançant au gré du vent.
Des centaines.

Il est possible qu’elles aient été plantées là par une municipalité bienveillante. Je me plais à penser que quelques abeilles ont fait le nécessaire pour les multiplier encore et encore…

Les jonquilles ne sentent peut-être rien.
Mais quand je les vois, je revois ma mère faisant ce bouquet... jonquilles et iris…
Pour moi, elles auront toujours le parfum du printemps.




samedi

Chronique hospitalière


- Vous dormez ?
- mmmm….
- C’est bien, continuez…

Ça c’est toutes les 2 heures, quand on est à l’hosto. Les infirmières viennent vérifier que "tout va bien"
Sachant qu’il me faut plus de 30mn pour me rendormir… j’aime les infirmières.

- c’est vous qui avez ouvert la fenêtre ?
- oui
- vous n’avez pas froid ?
- non
- ah bon… rendormez-vous…

Il fait chaud.
Ma chambre donne sur les quais. J’ai ouvert la fenêtre, l’air frais m’aide à m’endormir, blottie sous la couverture.
Et forcément, j’attends ma demie heure…
C’est agréable, j’aime bien le bruit des mouettes, même s’il est criard. J’ai l’impression d’être en vacances.
- grouiiiiiiikkkk
- grouinnn
- grouiiiiiiikkkk
- grouinnn
le « grouinnn » répondant plus ou moins rapidement au « grouiiiiiiiiiikkk ».
Je pense à ces (rares) promenades en forêt où je m’amusais à imiter le sifflement d’un oiseau pour voir s’il me répondrait.
Et je souris intérieurement.
C’est alors que les grouiiiiiiikkkkk s’accélèrent….
Je me lève, écarte le rideau, et vois deux mouettes s’aimer.
Interrompues dans leur élan, tout s’arrête. Elles se séparent et me regardent. Chacune. Longuement.
Je suis une « voyeuse ». Indiscrète. Gênante.
Elles finissent par aller, chacune de leur côté, comme deux amants que l’on aurait surpris en pleine infidélité.
Je ferme la fenêtre.

Oui, les mouettes montent au septième ciel quand elles s’envoient en l’air.