mardi

Les Chevaliers de Sète


Nano Le Sétois me l’a dit… « si les joutes, elles tombent toutes les deux à l’eau, ben les deux jouteurs sont éliminés ».
Nano Le Sétois n’est pas un jouteur. Lui, il fait le poids. Au sens propre du terme. Avec ses 110 kilos, il s’installe sur les marches, aux pieds du jouteur.  4 ou 5 autres copains, tous aussi rondouillets que lui, en font autant.
« Hé cé importang pour l’équilibre et la hauteur de la barque ! »
Et, au gré du poids, ou sous les injonctions de l’arbitre, ils montent ou descendent une ou deux marches… sinon, la rencontre ne peut pas se faire.

Les Joutes, c’est comme un Tournoi de Chevalerie.
Si ce n’est que les Chevaliers sont sur l’eau. Et que ça se passe sur le Canal Royal.

Les deux barques, l’une bleue, l'autre rouge se font face. Se jugent. Se toisent. S’estiment. Les Jouteurs lèvent alors leurs lances et leurs boucliers : ils sont prêts au combat. Puis tout s’enchaîne. Les rameurs plongent leurs rames dans l’eau, et vont chercher au plus profond d’eux-mêmes toutes les forces nécessaires pour faire en sorte que leur barque aille le plus rapidement possible, et, qui sait, profiter du courant… ça ajouterait de la puissance à leur champion.

Le but étant que l’adversaire tombe à l’eau… bien sûr.
Ou les deux…
Parfois, l’un atterrit même sur la barque de l’autre…
Souvent, les deux chancellent… tels des équilibristes…
Mais seuls les vainqueurs recommencent…

Alors, la fanfare éclate. Et sous les vivats de la foule, les trompettes, en joie, en profitent pour jouer des airs célèbres, à des rythmes effrénés.

Les Joutes Sétoises vont encore durer tout le mois d’Août.
La meilleure est réservée pour la « Saint-Louis », le saint patron de Sète.
Là, ce n’était qu’une mise en bouche.











lundi

Chronique d'été

"On écoute la poésie en regardant les étoiles".
C’est vrai. C’est ce qu’a dit ce poète tunisien hier soir. Enfin, c’est comme ça que son poème a été traduit par la jeune femme qui l’a dit, juste après lui.


Parce qu’aux « Voix Vives », les poètes disent leurs poèmes dans leur langue, et ils sont traduits, juste après.
Les poètes, ils viennent de tous les coins de la Méditerranée.
Je n’aime pas le mot « poétesse ». Pourtant, il y en avait une. Ses bras et ses mains dansaient en arabesques souples. Elle était l’étoile muette.
On écoute la poésie en regardant les étoiles.
Assis dans l’herbe. Couchés dans l’herbe… certains un verre à la main. D’autres pas. Mais tous en silence.
Curieusement, même les enfants. Je revois cette petite fille, couchée sur le ventre de son père. Sa main droite lui tenant le bras. L’un applaudissant avec la main de l’autre.


La poésie est une musique. Ou la musique est de la poésie ?
Aux « Voix Vives », la soirée s’est finie en musique. Un groupe de musiciens encore inconnus, talentueux. Et sur les rythmes de guitares et violons, les envoûtés ont dansé, parfois pieds nus, sur l’herbe et la terre, sans se soucier d’un qu’en dira-t-on inutile. Juste parce qu’ils étaient bien.


Les « Voix Vives », c’est aussi ça.
 
 

Chronique de promenade - 3 - Les Oliviers


J’ai retrouvé les touristes.
Forcément.

Il est facile de trouver le village de Gordes. Le parcours est fléché. C’est célèbre. Je crois même qu’il fait partie des plus beaux villages de France.
Magnifiquement situé. Perché. Tout y est protégé, pour ne pas que le paysage détonne. Même les nouvelles constructions doivent être recouvertes de vieilles pierres. Pour se fondre dans la nature.
Gordes est un très joli village, qui a une jolie place ombragée.

Il y a des comptines qui sont… vraies.
Sur le Pont d’Avignon, on danse.
Il n’y a pas de chichis. Juste des comédiens, des amuseurs, des jongleurs, des mimes… Pourtant, Avignon a un côté majestueux. En fait, j’avoue avoir cherché pourquoi cette impression m’est restée.  Parce qu’en soi, rien ne pourrait être extra-ordinaire.
Non, Avignon n’est pas extra ordinaire. Mais elle n’est vraiment pas ordinaire.
Le Palais des Papes regarde le Rhône et la Durance. De haut.










dimanche

Chronique de promenade - 2 - Les Cigales


J’ai été parmi les lavandes. Les oliviers. Et les cigales.
Elles tsitsitaient à tue-tête.
Je me suis promenée dans les villages qui avaient eu la bonne idée de se planter là, au milieu de ce décor provençal.

Je suis d’abord allée chercher le fameux curé… qui, lui, n’était pas là… (les chansons paillardes ne sont plus ce qu’elles étaient…) par contre, j’ai vu qu’il avait dû hésiter entre deux églises…
Personnellement, j’ai opté pour la seconde, bien plus jolie que la première.
Renseignements pris, j’ai su que ça avait aussi été son choix…
Mais bon, il n’était pas là, et je n’ai pu vérifier le reste.

Mes guides, finauds, m’ont emmenée près des Dentelles de Montmirail.
Le nom me disait bien quelque chose… je n’ai rien dit –il n’est jamais bon de montrer sa bêtise en public- mais comme je me doute que certains ou certaines n’ont pas spécialement voyagé (ben quoi, ça arrive aux meilleurs d’entre nous ! la preuve !), Montmirail est autre chose qu’un nom imaginaire du film « Les Visiteurs »…

Les Dentelles de Montmirail sont curieuses. Des petites dents de pierre qui se détachent dans le ciel. Et qui dominent une immense vallée de vignes.
Mais ce n’est qu’un détail. La vallée. Il faut lui tourner le dos pour voir le plus beau :
Séguret.
Un petit village médiéval. De ceux qui se cachent pour que le béton ne les atteigne pas. Des rues escarpées, mais où les lauriers roses arrivent quand même à se faufiler.

Comment aurais-je pu finir d’avoir les yeux écarquillés en allant juste après au Crestet ?
Celui-là est perché sur une crête. Face au Mont Ventoux… Assister à un simple mariage dans une chapelle dont un des murs est la montagne.
Grimper des marches creusées dans le rocher…

C’est peut-être pour ça qu’il y a peu de touristes…









Chronique de promenade - 1 - Les lavandes


Je déteste les touristes.
Je sais, vous aussi. Et je sais bien que, moi aussi, à un moment donné, j’en fais partie… mais bon.
Je crois que certains ont un don inné de gâcher les choses les plus belles et les plus nobles.

Une Abbaye perdue au milieu des lavandes. Les lavandes perdues au milieu des oliviers et des cigales. Les oliviers et leurs cigales perdus au milieu de nulle part…

Je retournerai à Notre-Dame de Sénanque quand il n’y aura personne.



vendredi

Chronique d'une émotion...


Nous sommes passés devant ce petit bateau plusieurs fois.
Deux hommes –ou peut-être trois ?- travaillaient dessus. Ponçaient, frottaient, lissaient… une coque magnifique. Toute en délicatesse et finesse.
Mais je ne connais rien aux bateaux.
Celui-là aura peut-être son propre nom.
Car il a été créé.
Ce matin, en allant me promener, je suis passée devant. Une fois de plus. Il avait la coque toute belle. Mais déjà hier soir, elle avait été peinte. Bordeaux, noir et blanc.
Ça n’a pas l’air, comme ça. Mais elle était belle.
Je ne comprends pas pourquoi « voilier » est du genre masculin.
Ce matin, un homme s’occupait du mât. Hier, je l’avais vu le poncer, le lisser, et en caresser le bois, du plat de la main. Là, il en peignait juste le haut. En blanc.
Je suis allée voir le « Moulin du Bonheur » sur une des collines de Porquerolles.
Quand je suis revenue, le bateau n’était plus là. Il y avait un manque. Je l’ai cherché des yeux. Il allait vers la mer.

Regarder la mise à l’eau d’un bateau est une chose…spéciale. Pas magique. Spéciale.
La mise à l’eau d’un voilier est encore différente. Pour moi.
Je ne sais pas pourquoi la mise à l’eau de « ce » bateau a été particulière. Emouvante. Peut-être parce que je l’avais vu évoluer, changer, grandir en l’espace de juste quelques jours.
Alors, je suis restée là, à regarder et avoir les yeux qui l’entouraient comme les sangles qui allaient le soulever. Lentement.
On aurait dit qu’elles l’étreignaient comme une mère son enfant.

J’ai essayé de me faire petite. Ne pas faire partie de tous ces touristes qui photographient à tout va. Ne pas gêner. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de m’approcher…
Tous s’affairaient. Protéger le bateau, mettre une planche de bois là…et là… juste pour que le tout soit bien équilibré. Pour qu’il soit bien.
Il s’est élevé. Sous les yeux des « professionnels », ceux qui sont habitués… et de ses propriétaires. C’est normal. J’étais à côté d’un des hommes que j’avais vu transpirer les jours précédents, et je lui ai dit qu’il avait fait un travail magnifique. Magnifique.
Le voilier est descendu doucement dans la mer. Très doucement. Sans son mât.
Son mât est venu après. S’emboîter là… comme il faut.
Les sangles sont parties, les bras se sont ouverts. La mer l’a accueilli.

Je me suis approchée de celle que je pensais être la propriétaire. Je ne sais pas si je suis arrivée à lui transmettre mon émotion.
Je sais maintenant que c’est son fils qui a dessiné et créé son bateau. Leur bateau.
Je crois que son fils était ce jeune homme, celui qui a tant transpiré.

Merci Madame, de m’avoir dit que votre bateau s’appelait « Alikea ». Vérité.
« Alikea », je te souhaite bons vents.








Chronique d'une île


La Provence.  
Porquerolles est un concentré de Provence.
Je suis sûre que les cigales se relaient pour chanter.
Il y en a partout. Dans les lauriers roses, dans les bougainvilliers, dans les oliviers, partout.
Dans les oliviers, il y a aussi le Moulin du Bonheur. Ça ne s’invente pas.
Il est juste à deux pas du Fort Sainte Agathe.
L’un tourne ses canons vers la mer turquoise.
L’autre ouvre ses bras à l’île.
Comme si l’un défendait l’autre. 
Mais après tout, le bonheur, ça se protège.